Affichage des articles dont le libellé est Coton. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Coton. Afficher tous les articles

lundi 23 avril 2012

Intolérables dérives des présidents d'institutions béninoises !

(Chronique de Vincent FOLY, publiée sur www.lanouvelletribune.info)

  
La plupart des journaux parus vendredi dernier ont évoqué de manière anodine, comme si nous nous y étions déjà habitués et que cela allait de soi, la rencontre informelle organisée, la veille, par les présidents d’institutions de la République avec l’homme d’affaires Patrice Talon. Une rencontre qui aurait évoqué, entre autres, des dossiers brûlants de l’actualité nationale. Voici comment notre confrère, La presse du jour a planté le décor de ladite rencontre: «la rencontre rotative des présidents d’institutions du Bénin (sic) a eu lieu, hier jeudi, à la Haute Cour de justice à Porto-Novo.
 
Hormis les questions d’actualité qui ont constitué son ordre du jour, la conférence a reçu l’homme d’affaires Patrice Talon au sujet de ses différends avec le gouvernement, notamment l’exécution par Bénin Control Sa du Programme de vérification des importations de nouvelle génération et, le problème des intrants du coton». Et, notre confrère très bien renseigné de citer plus loin dans l’article, les protagonistes du conclave: «Les présidents de l’Assemblée nationale, Mathurin Coffi Nago, celui de la Cour constitutionnelle, Robert Dossou, de la Haute Cour de Justice, Théodore Holo, de la Cour suprême, le magistrat (sic) Ousmane Batoko et du Conseil économique et sociale, Nicolas Adagbé, à l’exception du président de la République représenté par le ministre chargé des relations avec les institutions». Il ne manquait, pour boucler la liste, que le président de la Haac.

A première vue, cette rencontre dite informelle qui a eu lieu dans le cadre formel d’une institution de la République, n’a rien d’inquiétant et certains pourront même dire qu’elle est normale, puisqu’elle regroupe au grand jour des acteurs connus de la scène politique nationale, autour des questions d’intérêt national. On pourrait la comprendre et la justifier aussi par la nécessité de décrisper une atmosphère politico sociale qui devenait viciée avec cette grève interminable des enseignants et ses séquelles rocambolesques de défalcation de salaire. Avec aussi, cette vraie fausse tension entretenue par l’exécutif sur le programme de vérification des importations dit de nouvelle génération qu’il a lui-même initié et cette manipulation tragi-comique fortement médiatisée autour du coton, de la subvention de l’Etat et de la quantité du coton produit par notre pays. Vraie fausse tension, disons-nous? Oui! Car, on a du mal à comprendre comment un gouvernement responsable qui a signé un contrat avec un opérateur économique, après ce qu’il appelé lui-même un appel d’offres international, un contrat officialisé par un décret pris en conseil des ministres et signé du chef de l’Etat lui-même, on comprend mal disais-je, comment ce gouvernement peut remettre en cause sa propre signature, quelque 4 mois seulement plus tard. Le tout assorti d’injonctions et de menaces à peine voilées dans des communiqués officiels de conseil des ministres. Et si on rappelle que ce même gouvernement, dans la foulée de la mise en œuvre du PVI, avait fait voter, à la hussarde, une loi contre le droit de grève des douaniers, on s’étonne de l’acharnement subit contre un homme d’affaires qui, c’est aujourd’hui un secret de polichinelle, a contribué de manière significative à l’ élection de l’actuel tenant du pouvoir en 2006 et à sa réélection par un K.-O mystérieux de triste souvenir en avril 2011. Mais, on est où là? Le président de la République sait pertinemment que la signature des contrats ne se fait pas dans la rue et que tout contrat prévoit les clauses et les conditions de sa révision, puisqu’il y a toujours possibilité d’y inclure un ou des avenants, loin de tout tapage, sans tambour, ni trompette. Mais ce gouvernement nous a habitués à tellement d’atermoiements, de retournements de veste et de ravalement de vomissures, qu’on ne s’étonne guère de ses prises de position souvent abracadabrantesques.
 
Mais alors, qu’est-ce que les présidents d’institutions de contre pouvoir ont à voir dans un problème plutôt banal de gestion que le gouvernement a lui-même créé de toutes pièces? Qu’est ce que le président de la Haute Cour de justice qui est censé juger les gros prédateurs de la République et les actes de forfaiture, celui de la Cour suprême qui juge en dernier ressort les affaires relevant des tribunaux de droit commun et autres et celui de la Cour constitutionnelle dont les attributions sont notoirement connues? Qu’ont-ils donc à voir et, surtout, à dire dans un dossier dont ils pourraient être amenés à connaître en cas de saisine, un dossier qui relève des prérogatives de l’Exécutif. A ce point de notre démonstration, il convient de préciser que nous sommes dans un régime de séparation des pouvoirs. Seuls deux pouvoirs devraient connaître de ces deux affaires Talon: l’Assemblée nationale qui a le droit et le devoir impératif d’interpeller le gouvernement et le conseil économique et social à titre consultatif pour les conséquences sociales incalculables qui peuvent découler d’une rupture brutale du contrat. L’opérateur économique Talon, a, on le sait, consenti d’énormes investissements financiers, pour ne rien dire des centaines ou des milliers d’emplois et une rupture brutale du contrat peut déstabiliser tout le pays. Et puis, il y a une instance reconnue par le pouvoir, laquelle regroupe l’ensemble des opérateurs économiques, qui s’appelle le patronat, dont Patrice Talon est un éminent membre. Pourquoi n’a-t-on pas cru bon de recourir à toutes ces voies recours?

Parce que le chef de l’Exécutif est aux abois. Il a le dos au mur et tout le monde le sait! Au surplus, le patronat est dirigé aujourd’hui par un homme que le pouvoir tient pour un opposant. Une certaine presse a parlé récemment d’une trentaine de milliards de F Cfa de redressement fiscal à lui infligé par le fisc. Il ne reste au président Yayi que ce conglomérat difforme et hétérogène (un autre monstre à plusieurs têtes: décidément au Bénin, l’histoire se répète dangereusement!). Au demeurant, l’opérateur économique incriminé est en position de force puisqu’il vient de gagner, au nez et à la barbe de tous, le marché des intrants, ce, malgré les rodomontades du gouvernement. Et notre président n’aime pas ça! «Quoi? Qu'il est gonflé, ce Talon!», pourrait-il s’écrier! Et c’est pour sauver la face du au chef de l’Exécutif que cet aréopage de présidents d’institutions a été appelé à la rescousse. Que personne ne vienne nous convaincre qu’ils l’ont fait de leur propre chef. En tout état de cause, ça ne change rien au débat. Car, cette instrumentalisation consentie des institutions de contre-pouvoir qui cache mal une vassalisation au pouvoir exécutif est particulièrement inacceptable dans une République qui doit s’employer à consolider plutôt chacune de ces institutions dans son rôle. Et elles ne seront toujours fragiles, si elles doivent voler, sur un coup de téléphone, au secours d’un pouvoir qui refuse d’assumer ses responsabilités. Cette intrusion des présidents d’institution est d’autant plus intolérable que certains d’entre eux ont saisi le microphone qui leur était tendu pour déblatérer sur les citoyens qui n’ont fait qu’exprimer leur avis sur… la révision de la Constitution. Ce faisant, ils ont pris position dans un débat qui pourrait être déféré devant eux pour contrôle de constitutionnalité. Si ce n’est pas une violation de la Constitution, ça y ressemble. Etrangement! Que veut le président de la Cour constitutionnelle, lorsqu’il stigmatise en des termes méprisants et d’une rare violence tous ceux qui se sont exprimés contre la révision opportuniste de la loi fondamentale comme lui-même l’a fait par le passé. (Et merci à l’autorité de l’Ortb qui a fait rediffuser «Gros Plan» l’autre jour). Veut-il que nous retournions à la période obscure du Prpb de sinistre mémoire, où tout le monde, à l’exception de quelques happy few dont il était, étaient contraints de la boucler. Sauf à aller en exil ou à Ségbana? Ou bien veut-il que nous entérinions par une conspiration du silence autour de la confiscation des libertés publiques matérialisée par la mainmise du pouvoir sur les médias et toutes les institutions de contre-pouvoir? Il faut mettre un terme à cette dérive des institutions pour empêcher les politiciens qui y sont tapis et qu’on sait sevrés depuis longtemps de mandat électif, de faire de la politique directement ou par procuration, sous le prétexte de détenir la science infuse du droit et des sciences politiques et économiques

mardi 17 avril 2012

Coton béninois : oxygène et cancer de la Nation !

Une opinion d'Alaji Ahovi


En 2008 nous avions assisté aux crises alimentaires suivies de soulèvements de population dans plusieurs pays africains. Non seulement les prix des denrées alimentaires ne vont plus descendre au niveau d’avant 2008 mais la tendance est à la hausse. En Mars 2012 au ICE future le coton valait $90.78/lbs, en Déc. 2011 le coton était a $91.21/lbs et en Mars 2010 son prix était de $205.5/lbs. Durant la même période à titre de comparaison le sucre blanc est passé de $332.7/t à $652.4/t le thé est passe de $2.38/kg a $3.38/kg. La première remarque est la suivante depuis 2007 le prix des matières premières et surtout des (produits) agricoles a sérieusement augmenté les 5 dernières années et ironiquement pas celui du coton. 

Deux facteurs majeurs expliquent cette hausse des prix des matières premières et agricoles : la montée en puissance de la classe moyenne en Chine et en Inde dont les besoins en viande et protéines animales augmentent plus vite que la capacité locale et les besoins toujours croissants de « l’élite consommatrice blanche et occidentale toujours dévoreuse de ressources naturelles ». (Source the Public Ledger www.agra-net.com)
Je précise que le wagon de l’Afrique est simplement accroché à une locomotive consommatrice dont le moteur ou le frein ne sont pas situés en Afrique mais en Asie et en Occident. Et dans le wagon africain il y a un minuscule passager le Bénin qui a décidé de continuer à offrir un produit dont il n’a ni le contrôle du prix ni celui du volume : le coton. Dans le wagon africain le coton constitue également le produit phare que le Mali et le Burkina proposent aux marchés extérieurs. Et réunis Bénin, Burkina, Mali ensemble offrent un volume inferieur aux volumes respectifs Chinois, Américain, Indien, Pakistanais. Et dans les autres pays non africains producteurs de coton, ce dernier représente dans la production agricole totale de ces pays un volume mineur et son poids dans leurs exportations moindre. Le coton est cultivé et transformé localement en produits finis qui sont vendus à l’étranger. Le coton brut n‘est que l’étape initiale de la chaine de valeur dans ces pays.
Le coton reste une source de devises pour les gouvernements respectifs qui ont dirigé le Bénin mais est-ce vraiment la source de devises la plus adaptée à nos besoins réels, à nos capacités réelles ?

Le coton nourricier

Commençons par le positif : Le coton rapporte chaque année environ $250 millions. Il occupe une bonne majorité des paysans et agriculteurs du Bénin depuis le Zou jusqu’au nord et surtout les cotonculteurs constituent une masse malléable et très utile pour l’élite politique. Le coton nourrit son homme et occupe la grande majorité des bras valides agricoles.

L’impact sur les hommes et l’environnement 

Le coton nécessite pas mal de produits chimiques gentiment appelés intrants qui sont tous nocifs pour le cotonculteur et pour l’environnement. Les intrants rendent le « cotonculteur » économiquement dépendant. La totalité des intrants reste dans la terre et polluent les nappes phréatiques et les cours d’eaux. Ils tuent les oiseaux, animaux et beaucoup plus grave les abeilles et sans abeilles pas de pollinisation. La majorité des « cotonculteurs » étant illettrée ils ne se rendent même pas compte de la dangerosité des intrants. Et pour finir ces intrants se retrouvent dans nos plats. La culture du coton nécessite énormément d’eau et l’agriculture consomme plus d’eau que toutes les industries réunies. Et cette contrainte devra nous forcer à réfléchir à une agriculture plus intelligente moins consommatrice d’eau comme le font déjà Israël et plusieurs états indiens.

Le coton brut 

Le coton rapporte environ $250 millions aux dirigeants béninois mais la majorité de ces devises proviennent du coton brut. Et sans aucune valeur ajoutée le brut nous rapporte certes $250 millions, que nous rapporterait ce même coton brut si le Benin le transformait en produit intermédiaire (coton nettoyé et préparé pour toute modification finale) sur place. Je ne parle pas encore de produit fini (habits, etc). Ensuite pour les besoins nationaux du produit intermédiaire nous passons au produit final pour le marché local. Ceci n’est pas une utopie, la Chine, l’Inde, le Pakistan, le Sri-lanka, la Tunisie, la Turquie tous le font avec des succès divers.

Le phagocytage des autres productions agricoles 

L’énergie que fournit la population paysanne, les politiciens pour maintenir le coton à flot se fait au détriment des matières agricoles de subsistance et résultat nous vendons du coton brut pour $250millions et nous important du riz pour $70millions. L’importation duriz, l’exportation du coton et l’importation des intrants enrichissent un microcosme politico-affairiste. Ni les consommateurs béninois encore moins le cotonculteur ne sont gagnants. Le mythe voudrait que la vallée de l’Ouémé soit l’une des plus fertiles au monde mais le mythe a omis de préciser que cette même vallée importe une bonne partie de ses vivres du Nigéria.
Et tant que cette monoculture suicidaire continue non seulement notre politique agricole n’aura aucune logique par rapport aux besoins de la population béninoise mais elle ne sera pas en accord avec les besoins du monde extérieur.

Proposition indécente 

Le Bénin devra réduire progressivement la part du coton dans nos exportations et devenir indépendant du coton. Cela ne veut pas dire éliminer le coton mais plutôt le produire de façon plus intelligente, plus saine et surtout lui ajouter de la valeur avant de le vendre. Cela passe au début par une vulgarisation véritable des informations liées au coton. Les béninois ont le droit de savoir ce que rapporte le coton, ce qui est fait de l’argent du coton et surtout qui sont les participants de la grande foire du coton béninois. Ensuite améliorer la qualité des intrants que l’élite fournit aux cotonculteurs car les produits de moindre qualité affecte le rendement des champs mais surtout ils mettent encore plus en danger l’environnement.
Le Bénin devra monter un échelon plus haut dans le coton en s’outillant pour sa transformation industrielle locale. En parallèle le Bénin programme l’introduction ou la réintroduction des autres cultures d’exportation qui peuvent équilibrer notre portefeuille de produits agricoles d’exportation. Le palmier à huile, le cocotier, l’anacarde, les fruits et légumes.
Nous sommes en 2012 et mêmes si des milliardaires béninois en CFA existent grâce a l’importation de volaille et de produits agricoles les politiques devront les encourager et les diriger vers une production locale et de qualité en leur offrant des exonérations fiscales et en les éduquant. Malheureusement réussir à produire de façon constante localement et suffisamment pour nourrir les béninois nécessite une grande rigueur et une solide connaissance que ne nécessitent pas l’importation du riz ou des poulets. L’importation est plus facile que la mise en place d’une chaine totale de production alimentaire.

La réforme foncière 

Pour faciliter ce virage certains prérequis sont nécessaires : La réforme agraire et foncière doit être achevée. Au Bénin chacun devra savoir à qui appartient la terre (l’état, rentiers, fermiers, petits paysans etc.). Les limites des terre cultivables ou non ainsi que leurs propriétaires clairement identifiés. Il y a trop de zones d’ombres. La terre doit être méthodiquement recensée, immatriculée et classée avec un propriétaire légal.

Trop de bras valides pour une faible productivité 

Notre agriculture utilise trop de mains valides et de façon inefficiente et sans sa modernisation nous finirons par importer mêmes le gari et la tomate. La modernisation de l’agriculture passe par l’élargissement de notre économie et son passage d’une petite économie de rente cotonnière à une économie beaucoup plus diversifiée capable d’absorber les anciens bras valides de l’agriculture primitive. Nous n’avions pas besoin de 50% des béninois dans les champs pour produire le coton et quelques vivres, moins de 10% de la population active serait capable avec les outils adéquats de produire et de nourrir le Benin et de faire de nous un net exportateur de produits agricoles. Les grands pays agraires le font avec moins de 5% de leurs populations actives.

Les infrastructures pour déplacer et conserver les produits agricoles 

Il y a des régions au nord qui durant la saison pluvieuse sont totalement coupées du reste du Bénin et nos concitoyens vont faire la majorité de leurs activités au Nigeria. Nous n’avions pas les infrastructures pour les déplacer des zones de production souvent reculées vers la cote ou se concentre pratiquement 80% des consommateurs béninois. Pour une agriculture plus équilibrée il nous faut aussi des meilleures routes et un réseau ferré de qualité. La distance ne devra plus être un facteur limitant notre production et surtout la circulation des denrées agricoles. Les infrastructures nécessaires à une agriculture dynamique et intelligente ne se résument pas aux routes et aux chemins de fer mais également à une production énergétique et surtout électrique plus sérieuse et plus en adéquation avec les besoins de conservation et d’amélioration des produits agricoles.

La recherche agricole 

Le quatrième prérequis est la nécessité de développer et de promouvoir la recherche scientifique et surtout appliquée dans le domaine agricole en créant des instituts spécialisés et en renforçant les budgets des instituts existants et surtout en s’assurant que le lien est renforce entre le monde agricole et le milieu industriel agroalimentaire et manufacturier.

La source de nos misères 

Le plus important handicap qui empêche une vraie évolution agricole est l’aspect électoraliste qui handicape la mise en place des vraies réformes agraires.

(Source : www.miwablo.com le 7 avril 2012 à 7 H GMT+1, sous la plume d'Alaji Ahovi)

vendredi 16 mars 2012

Campagne agricole 2011-2012 : le coton béninois reconquiert le monde

Le coton béninois contribue pour 60 à 70% aux recettes d’exportations du Bénin et emploie deux millions et demi de personnes. Le sous-secteur semblait déjà condamné à mort avec la baisse de production des années 2006 à 2010, mais depuis à peu près deux ans, l’or blanc retrouve une meilleure santé. Retour sur les facteurs de la nouvelle embellie du « coton made in Bénin ».

Le coton béninois connaît une nouvelle embellie. De 137 mille tonnes en 2010-2011, la production est passée à 175 mille tonnes au titre de la campagne 2011-2012. C’est la première fois depuis 2006 que la production enregistre une hausse d’une campagne à l’autre. Mathieu Adjovi, président de l’Association interprofessionnelle du coton (Aic) du Bénin témoigne : « depuis bientôt deux ans, le Bénin a excellé dans la production de coton haut de gamme et de fibre longue ». La production cotonnière béninoise n’est donc pas seulement en hausse. Elle est aussi presque en totalité de la meilleure qualité qui soit. Celle que préfèrent les filateurs, à en croire le patron des professionnels du coton. Nicaise Hounton, ingénieur textile et chef du département Filature de la Compagnie béninoise de textile (Cbt) confirme : « cette année, le taux d’impureté est très faible, il n’y a presque pas d’avarie, la fibre est plus résistante et sa la couleur blanche est plus éclatante ».

 

Il se vend bien


Le niveau de qualité atteint par le coton « product of Benin » est une première. Sur les deux critères d’appréciation de la qualité, les résultats obtenus sont flatteurs. Alidou Amadou Soulé, Chef service Classement à l’Aic livre les chiffres : « plus de 70% de la production est de la gamme de coton blanc brillant et plus de 95% de l’ensemble a une longueur de soie moyenne approchant les 29 millimètres ». Selon le rapport de l’Aic sur l’évolution de la qualité de la fibre de coton sur ces cinq dernières années, l’ensemble du coton de moyenne et haute gammes a atteint les 99% de la production au titre de la saison 2011-2012 ; quant à la bonne  la bonne longueur de soie, la proportion est la même. Interrogé sur la réputation de ce coton sur la marché international, Curt Arbenz,  négociant suisse et directeur Afrique de Paul Reinhart fait des éloges : « ça fait trois ans maintenant que la qualité du coton béninois s’améliore ; la fibre est de longueur constante et correspond à la moyenne et la haute gammes qui se vendent très bien ».

Nouvelles fermes semencières

 

Le bond qualitatif enregistré par le coton béninois ces derniers mois n’est pas anodin. Pour y arriver, il a fallu conjuguer au passé les graves dysfonctionnements qui ont miné la filière entre 2002 et 2008. Pour mémoire, la mauvaise gouvernance et le surendettement des organisations paysannes, les surconsommations et les bradages d’intrants créant l’accumulation des impayés aux producteurs avaient fini par engendrer la désaffection du monde paysan. Mathieu Adjovi présente la thérapie qui a guéri la filière :  «pour inverser cette tendance, l’AIC, avec l’appui du Gouvernement, a opéré de profondes réformes dans le secteur cotonnier béninois, notamment la signature entre l’Etat et l’interprofession d’un accord-cadre pour une meilleure définition des rôles et responsabilités de chaque partie prenante, la création des Coopératives Villageoises de Producteurs de Coton, le recrutement et la formation par l’AIC de plusieurs centaines d’agents de diverses catégories pour renforcer l’encadrement des producteurs de coton, sous la houlette d’Agences Régionales, véritables structures déconcentrées de l’Aic, la revue de l’itinéraire technique, la création de nouvelles fermes semencières en vue d’accroître et d’améliorer la qualité des semences ». A ces réformes se sont ajoutées des mesures incitatives en faveur des producteurs au cours de la campagne 2011-2012. Au nombre de ces mesures, il y a le relèvement du prix d’achat du coton graine de 220 à 280 francs pour le premier choix et de 170 à 230 francs pour le deuxième choix, la baisse du prix de cession des engrais à 220 francs par kilo et des insecticides à 3000 francs grâce à une subvention publique d’environ 11 milliards de francs, la gratuité des deux premiers traitements au Tihan prise en charge par l’Aic pour une valeur de 1,8 milliards.  Bani Gouda Bio Tourou, président du Comité consultatif national des producteurs de coton est reconnaissant : « tout ça nous a permis de passer de près de 182 mille hectares de terres emblavées à plus de 208 mille hectares».

Le défi de la quantité

Au  sein de l’Aic, l’on parie sur le maintien du niveau de qualité retrouvé par le coton béninois. Le président de l’interprofession estime que la condition essentielle pour maintenir le cap est le respect de l’accord-cadre et la préservation des acquis. Mais pour les négociants, il reste à relever le défi de la quantité produite. « Les filateurs n’aiment pas mélanger du coton de plusieurs sources d’approvisionnement ; il est donc souhaitable que la production béninoise soit conséquente », explique Curt Arbenz. Espérant atteindre les 300 mille tonnes la saison prochaine, Mathieu Adjovi reste conscient d’une menace : les facteurs climatiques défavorables qui sont des aléas. A ce sujet, tous les protagonistes croisent les doigts.

 
Zoom sur l’AIC

Créée en 2002, l’association interprofessionnelle du coton (Aic) regroupe trois familles professionnelles : le Comité consultatif national des producteurs, le Conseil national des importateurs et distributeurs d’intrants du Bénin et le Conseil national des égreneurs de coton. Cadre de concertation entre les familles professionnelles membres, l’Aic permet aux différentes familles professionnelles de fédérer leurs énergies pour produire du coton. Son mandat est de gérer les fonctions critiques, à savoir, l’aide à la préparation des sols, l’appui à la fourniture des intrants, l’encadrement et les services dédiés tels que l’amélioration des pistes reliant les champs de production aux usines et aux marchés, le classement du coton entre autres. Il s’agit en réalité de tâches que chaque catégorie professionnelle ne peut prendre en charge par elle-même. L’association organise aussi l’arbitrage entre les différents acteurs, veille sur leurs intérêts et commande des expertises quand besoin est. Elle est organisée en une Assemblée générale des délégués par famille professionnelle, au nombre de 61, en un conseil d’administration de 23 membres, et en un bureau exécutif de 11 membres. Elle dispose d’un secrétariat permanent animé par son personnel salarié.