dimanche 5 octobre 2014

Disqualifiés pour rendre hommage à François Mensah



Le ballet des hommes politiques béninois la semaine écoulée dans les studios de la télévision Canal 3 Bénin pour signer le livre de condoléances ouvert suite au décès du journaliste François Mensah me rappelle bien les obsèques de Nelson Mandela en Afrique du Sud, où si l'urgence l'avait demandé, l'Assemblée générale des Nations-Unies aurait siégé ; à Cotonou, si toutes les personnalités qui sont passées rendre hommage à François le devraient à la même heure, on pouvait bien improviser une conférence des forces vives de la Nation. J'ose ce parallèle, car il m'est  revenu en mémoire ce que j'avais retenu de plus important du discours du président américain Barack Obama en Afrique du Sud il y a quelques mois : pour lui, les dirigeants qui adulaient Nelson Mandela sans être capables de l'imiter n'avaient pas leur place à ses obsèques, et j'ai envie de répéter aux politiciens, leaders d'opinion et décideurs béninois qu'il en est parmi eux qui n'avaient pas droit au privilège de saluer ni l'intelligence, ni le talent, ni le professionnalisme, ni les valeurs, ni la célébrité de l'étoile François Mensah.

Devraient s'abstenir tous les danseurs et "tamtameurs" de week-end, disciples du "grand" qui avait dit des "petits" François Mensah et consorts qu'ils étaient moins diplômés que ses enfants et qu'il avait les moyens de leur faire du mal. Devraient surtout s'abstenir tous ceux qui à plus d'une occasion par le passé, ont agi et ont défendu des actes visant à fermer Canal 3 Bénin ou tout au moins à en suspendre des émissions. Devraient avoir honte et s'abstenir également, tous ceux qui ont pensé et pensent aujourd'hui encore que seul un mortel béninois est suffisamment intelligent pour diriger tous les autres tout le temps. Aussi, devraient s'abstenir tous ceux qui ont jubilé quand le défunt journaliste se fit tabasser par la Police il y a quelques mois dans des circonstances qui laisaseint penser que ce sont ses chroniques quelquefois acides qui lui ont valu une punition exécutée par des ouailles du "grand". Devraient s'abstenir tous les complices des agents publics qui empêchaient les citoyens de se manifester librement. Devraient s'abstenir tous ceux qui, au Parlement béninois, n'étaient pas capables et n'osaient pas faire des réflexions aussi lumineuses que celles dont a démontré la capacité François Mensah. Et je m'en arrête là volontairement.

Je ne suis pas seulement révolté contre les hypocrites, narcissiques et  opportunistes charognards qui ont défilé à Canal 3 Bénin la semaine écoulée ; je suis aussi révolté contre François Mensah, pour être parti aussi tôt avec sa part de la lumière dont ont plus que jamais besoin les Béninois. S'il est vrai que personne parmi nous n'a la force ni le pouvoir de s'assurer ou de se maintenir en vie, tout au moins j'exhorte tous ceux qui en arrivent à avoir une toute petite conscience de leur utilité ou importance pour leur famille, leur communauté, leur corporation, leur génération, leur pays et que sais-je encore ... ; je les exhorte donc à un minimum d'hygiène de vie pour réduire le risque de plonger dans l'affliction les leurs suite à un départ plus tôt qu'il pourrait l'être. A 95 ans, un simple soupir mal venu de Nelson Mandela, mettait en émoi toute l'Afrique du Sud. Comprenne qui pourra et me pardonne qui pense que je suis cruel.

A toute l'actualité politique récente du pays, le décès de François Mensah a réussi à faire ombrage. Mais que se tiennent tranquilles ceux à qui ça a semblé profiter. Deux jours avant que ne nous quittât le journaliste de Canal 3 Bénin, sur le plateau de la même télévision, le Conseiller technique aux affaires politiques du Chef de l'Etat béninois, maître politicien de tous ses contemporains, brillant universitaire de son état, Amos Elègbè, a réécrit sa version de l'histoire du KO électoral de 2011. J'ai surtout retenu qu'il était aussi disposé à tout débat contradictoire. Qu'il s'attende donc à ma contradiction à moi très prochainement. Mais en attendant mon édito à venir, je retiens de la sortie d'Amos Elègbè et rappelle aux politiciens béninois anciens et neufs que la mouvance au pouvoir se prépare activement aux élections, voire à de nouveaux KO, et que la polémique sur le coût jugé prohibitif des élections, lancée par le Chef de l'Etat lui-même, n'avait pour but que de les détourner du vrai combat de l'heure : celui d'élections non seulement effectives, mais surtout sans exclusion, justes et transparentes, sans la controversée Lépi s'il le faut. 


A bientôt si Dieu nous prête vie !

samedi 27 septembre 2014


Come-back dans la polémique ... des élections couteuses 


Quand le 25 septembre 2012, il y a deux ans donc, je partageais sur ce blog "Tous prêts pour la prison" du Prof Joseph Djogbénou, c'était pour refuser que le cas "Lionel Agbo" devienne un précédent. Je m'étais surtout promis de ne publier autre chose que lorsqu’il se remontrerait aux Béninois et aurait retrouvé sa liberté d'aller et de revenir dans son pays. L’avocat, fraichement sorti de sa veste de porte-parole de la Présidence de la république, pour prendre des airs d’opposant s’était vu poursuivre pour « offense au Chef de l’Etat », et n’a pu échapper à la prison qu’en prenant la fuite. Cette posture de fugitif suite à sa condamnation n'étant pas plus fameuse que son incarcération manquée. Peut-être que la prison aurait été plus salutaire à la démocratie, car certainement, la résistance aurait continué, se serait endurcie et nous en aurions tiré des avantages comme dans le cas des suites des grèves provoquées par la répression de la marche de fin décembre 2013 : le droit à la manifestation par exemple avait été reconquise.

Quand un mois après ma dernière publication sur ce blog, j'ai décidé de retirer également ma plume des colonnes de la presse écrite, c'était pour me soustraire des risques de la manipulation et de l'instrumentalisation que portait l’actualité, alors empoisonnée, et d'attendre que l'atmosphère redevînt saine. Si l'actualité aujourd'hui n'est pas forcément saine, elle n'est sans doute plus empoisonnée, en tout cas pas au point de donner le mal de Talon. Alors, j'ai décidé de reprendre la plume lorsque celle-ci se fut reposée deux ans durant. Et concours de circonstance, mon come-back se fait en pleine polémique sur le coût jugé prohibitif des élections au Bénin. C’est pourquoi j’en ferai le sujet de ma reprise de l’expression du droit à la polémique. Précision importante, l’exclusivité de mes éditos sera pour mon blog. Le break avec les colonnes de la presse écrite étant prévu pour durer encore.

Contrairement à ce à quoi beaucoup peuvent s’attendre, je n’opinerai pas dans le sens le plus commun de ces derniers jours. Pour bien de personnalités que j’apprécie et dont les sorties sont bien lumineuses, la levée de bouclier ne s’est pas faite attendre quand la voix la plus autorisée du pays laissa entendre que nos élections coûtaient trop chères, pour sous-entendre qu’il faut rebrousser le chemin de l’alternance démocratique. Pour beaucoup, la tenue des prochaines élections est non négociable. Soit. Mais alors question : qu’aurait changé à l’état actuel du pays la non tenue de l’élection présidentielle de 2011 ? Absolument rien à mon avis. L’état du pays en absence d’élections nous est déjà connu depuis 2011 et ce n’est pas simplement l’organisation du vote qui apporterait un changement : quelqu’un a d’ailleurs dit « après nous, c’est nous ». Autrement, le combat d’aujourd’hui est moins celui de la tenue effective des élections que celui de justes et transparentes élections. Sur ce front, bien parmi ceux qui jouent les défenseurs de la démocratie béninoise en ce moment ont déjà été absents, se faisant ainsi, tout au moins, complices passifs des causes qui ont conduit à l’effet qu’ils s’efforcent aujourd’hui de conjurer.

Trois faits au moins trahissent ces sorties aux élans opportunistes : primo, ils tolèrent que les élections locales n’aient pas eu lieu et se montrent très en verve quand il s’agit d’un risque d’impasse sur la présidentielle de 2016 ; secundo, ils ont concédé le vol des élections de 2011 et s’étonnent des symptômes d’un remake trois ans plus tard ; tertio, en 2008 déjà, alors que nous en étions encore aux listes électorales manuelles, ils acceptèrent aussi les plus absurdes des élections jusqu’alors organisées à l’ère du renouveau démocratique : elles furent reprises partout et aussi longtemps que la mouvance au pouvoir n’avait pas gagné le vote. Ces trois échéances mises ensemble, montrent simplement que liste électorale informatisée ou pas, l’on est en face d’un pouvoir qui refuse et qui travaille contre des élections transparentes. Le combat à faire n’est donc pas celui vers lequel nous sommes chaque fois poussés, celui par lequel nous sommes distraits (Lépi et budget électoral), mais celui qui est dans l’intérêt de tous les Béninois. Pourquoi la présidentielle à venir mériterait-elle plus d’activisme que les élections locales que l’on refuse de convoquer depuis longtemps ? Pourquoi serions-nous obligés de rester dans la logique de la Lépi ou rien quand l’on sait que dans notre pays, aucune élection organisée sur la base des listes manuelles ne s’était aussi mal passée que celles qui furent sur la base de la fameuse Lépi ? Des élections justes et transparentes n’ont rien à voir avec la technologie, mais sont le fruit d’une culture démocratique faite de règles de jeu et partagée des acteurs politiques. Et c’est pour ces principes qu’il faut se battre et imposer pour que nos élections se passent à bonne date et bien.

Loin d’être complaisant avec la mise entre parenthèses d’élections prévues par la Constitution, j’ai même envie de dire que si les mortels qui nous dirigent étaient totalement conséquents, chaque budget annuel de l’Etat devrait prévoir la cagnotte pour l’organisation de la présidentielle, car comme le prévoit la loi fondamentale, le mortel président peut à tout moment casser la pipe, et il ne faudra pas plus que 40 jours pour élire son remplaçant. Ce raisonnement est peut-être surréaliste, mais ma profonde conviction est qu’en ce moment, se joue un jeu, auquel se font prendre les acteurs politiques neufs et anciens, pour une fois de nouveau se voir filer entre les doigts les échéances de 2015 et et 2016 ; car sont-ils avertis : « après nous, ce sera nous » !

mardi 25 septembre 2012

Tous, prêts pour la prison !

(Déclaration du Pr Joseph DJOGBENOU)


1.       Le développement de l’actualité nationale commande à tous les citoyens béninois d’être prêts à aller en prison. La démocratie béninoise est réellement simplement menacée.

2.       Le vendredi 21 septembre 2012, Monsieur Lionel AGBO, Avocat au Barreau du Bénin, homme politique et ancien candidat à la présidence de la République, est interpellé pour des propos qu’il aurait tenus à l’occasion d’une conférence de presse animée par lui. Cette conférence de presse à laquelle, toute la presse audiovisuelle avait été conviée, n’a finalement été traitée que par la chaîne de télévision Canal 3.

Déjà le jeudi 20 septembre 2012, le Directeur de l’office de radiodiffusion et de télévision du Bénin (Ortb), s’est souvenu, et fort opportunément, que cette chaîne de télévision émettait à partir d’un domaine et des installations appartenant à « sa télévision », ce qui, à ses yeux et aux yeux de ses mandants, l’habiliterait à interrompre la diffusion des émissions de Canal 3. L’argument commercial étant plus que convenu.

3.       Ainsi donc, un homme politique est interpellé, non pour avoir pris les armes, mais pour avoir accompli l’acte politique le plus noble dans une démocratie en construction : exprimer son opinion.

Une chaîne de télévision est privée d’émission pour avoir, au fond, servi de moyen d’expression à cet homme politique et pour avoir osé, avec fréquence et constance, relayer les opinions que le gouvernement et son chef n’aiment pas entendre.

4.       L’on ne s’est plus aperçu, d’une part, que l’acte accompli par Monsieur Lionel AGBO relevait de l’expression de son opinion, et aussi inquiétante que fut celle-ci pour le chef de l’État et les « siens », le délit d’opinion n’existe plus dans la législation béninoise et que même, placé sur le terrain de la diffamation et de l’offense au chef de l’État, la procédure excluait toute privation préventive de liberté.

D’autre part, que le directeur de l’Ortb pour peu qu’il ait « sa télévision », n’a aucune habilitation, à moins de commettre une voie de fait, pour, proprio motu, arrêter les émissions d’une chaîne de télévision privée, les organes juridictionnels et les autorités indépendantes ayant, en vertu de la loi, seuls prérogative à procéder ainsi.

5.       Ces actes, relevant des abus pathogènes des pouvoirs contestés et illégitimes, relèvent, malheureusement d’une banalité inadmissible dans un pays au passé démocratique héroïque. A l’État de paix, on substitue un État de peur. A la place de l’État de droit, l’on construit un État de police. La corruption gangrène tout le système. Les menus fretins exposés ne sont pas poursuivis, même sur le fondement d’une loi dite de « lutte contre la corruption » dont on se rend compte qu’elle n’est que stimulant pour la concussion. Le peuple est insulté au quotidien, intimidé, divisé. Lorsque l’insulte émane du chef de l’État, au moyen d’expressions grossières et familières, les thuriféraires considèrent qu’il a « parlé vrai » et les suppôts du régime prétendent n’avoir rien entendu. S’aperçoit-on seulement que pour les parents soucieux de l’éducation de leurs enfants, les interventions annoncées de certaines autorités au sommet de l’État relèvent désormais du régime familial appliqué aux documents interdits au moins de … 25 ans !

6.       Après les chars dans les rues, les colonels dans les entreprises, les hommes d’affaires harcelés alors que les jeunes sont au chômage et les citoyens condamnés à la pauvreté, les leaders d’opinion sont menacés d’emprisonnement.

7.       En ces circonstances de déni de démocratie et de mépris du droit, la réponse la plus vile est la résignation. Chacun doit se dévouer à préparer l’avenir et, résolument, à considérer que la survie d’un peuple est dans sa force à éviter de transformer l’erreur en règle. Citoyen libre dans cette République libre du Bénin, nul ne doit plus craindre l’emprisonnement. Le craindre, c’est se taire. Et se taire, est bien suicidaire, pour chacun, et pour tous. Lorsque l’espace public est bâillonné, la prison devient, à bien des égards, un havre de liberté et le terreau de la résurrection.

8.       Le temps de la mobilisation pour les libertés a encore sonné. Et il faut prier le Dieu de ceux qui nous dirige afin qu’il accorde au procureur de la République l’intelligence nécessaire à l’ouverture d’une procédure régulière contre Lionel AGBO afin que publiquement, il soit discuté de « l’offense au chef de l’État », de la corruption au sommet de l’État, de la concussion ; qu’il soit publiquement jugé aussi bien de la présidence de la République que de la présence dans la République. Prions, pour que cette conférence judiciaire de presse ait lieu. Mais soyons tous, désormais prêts pour la prison !

Cotonou, le 22 septembre 2012,
Joseph DJOGBENOU

mercredi 13 juin 2012

Alors qu’il fait bonne impression à l’extérieur, Yayi Boni inquiète ses compatriotes

Du sommet du G8 à Camp David au forum New-York Forum Africa de Libreville, en passant par sa visite officielle à Paris où il a été reçu par le président de la république française, Boni Yayi a fait forte impression. Pendant ce temps, au Bénin, le président en exercice de l’Union africaine inquiète ses compatriotes : l’économie et la démocratie sont menacées.

Cabale contre les opérateurs économiques nationaux et recours à la force dans ses rapports avec les privés. Ainsi se résument pour les Béninois les actes posés depuis peu par le régime du Président Boni Yayi. Le contraste est du coup total avec les shows diplomatiques que ne cesse de multiplier le Chef de l’Etat béninois en sa qualité de Président de l’Union africaine. Alors qu’il fait bonne impression sur la scène internationale, à l’interne Boni Yayi inquiète ses compatriotes.
Des militaires qui débarquent sur un site d’entreposage d’intrants agricoles, non de substances prohibées, et qui les embarquent, non sur décision de justice ni par quelque mesure conservatoire, mais pour les destiner vraisemblablement aux bassins cotonniers, c’est inédit comme acte public. Et deux choses permettent de s’en offusquer : primo, le Chef de l’Etat lui-même est en charge de la défense nationale et est forcément responsable de ce que d’aucuns ont appelé braquage d’Etat ; secundo, le propriétaire des intrants est une société appartenant à un certain Patrice Talon, que le Gouvernement s’applique à bouter hors de la filière coton. C’est donc la cabale qui se poursuit. Et alors que les Béninois n’ont pas fini de digérer cet épisode du feuilleton « année blanche cotonnière », une télévision de la place informe qu’un bateau transportant des intrants agricoles commandés par la même société est arraisonnée en haute mer par l’armée avec pour injonction d’accoster au port de Cotonou. Acte qui n’aurait de différence avec la piraterie dans le golfe de Guinée que les treillis portés par ses auteurs.
Qu’il soit bien clair pour tous que ces actes imputables au Gouvernement béninois posent plusieurs problèmes à l’économie et à l’Etat de droit. Alors que plusieurs opérateurs économiques doivent faire face à de curieux redressements fiscaux, les derniers actes du régime Yayi créent une ambiance qui ne rassure guère les investisseurs privés. Ces derniers en effet, s’ils sont sérieux, n’oseraient pas aller s’installer là où du jour au lendemain l’armée peut les déloger ; encore moins utiliser un port où les navires peuvent croiser des militaires pirates. Le problème pour l’Etat de droit est que la loi a fait place à l’arbitraire et la Justice fait profil bas. Le président Yayi ne semble pas mesurer la gravité d’une telle atmosphère : car ceux qui ne voudront pas se laisser faire mais qui ne peuvent plus compter sur la Justice ni sur la force publique, confisquée par le pouvoir, n’auront d’alternative que de se donner les mêmes moyens de riposte que ceux de l’armée. Et alors, bonjour l’instabilité !
Il y a quelques semaines pourtant, Boni Yayi déclarait : « le G8 a demandé à être rassuré sur la stabilité du continent. Ils sont prêts à nous aider mais c’est à nous de prendre nos responsabilités ». C’était à Camp David à l’occasion du sommet du G8. Pour tout mortel sensé, il est incompréhensible que le président de l’Union africaine prône la prise des responsabilités au niveau continental pour rassurer les partenaires au développement et qu’au même moment, à l’échelle de son pays, l’heure soit à l’insécurité des investissements privés. En visite officielle en France il y a quelques jours, avec force détermination, Yayi Boni a plaidé pour l’extinction sur le continent africain des foyers de tension qui à l’entendre, ne font pas bon ménage avec la prospérité. Mieux, la semaine écoulée seulement, au New-York forum Africa à Libreville, le Chef des présidents africains invitait les opérateurs économiques internationaux à « venir investir massivement dans le continent de l’avenir », ventant les mérites de la nouvelle génération de dirigeants au nombre desquels il se compte sans doute.
Que fort de discours aussi flatteurs et prometteurs sur la scène internationale, le président béninois pose les actes qu’on lui connait dans son pays depuis quelques temps et qui sont porteurs de crises à moyen terme, il devient forcément pour ses compatriotes, un personnage inquiétant.

lundi 4 juin 2012

Lépi : trêve d'audits et de fora, place à la correction !


L’unanimité se fait désormais au sein de la classe politique béninoise qu’il faut corriger la liste électorale permanente informatisée (Lépi). Tous les acteurs politiques étant arrivés à cette conclusion suite à divers fora précédés de missions d’évaluation, il est temps d’aller plus : corriger effectivement la Lépi.

L’agenda politique national foisonne désormais de rendez-vous tenus sur la liste électorale permanente informatisée (Lépi). Et toutes les échéances visent un seul but : corriger la Lépi. Autant le temps de l’observation et de la réflexion était nécessaire, autant les acteurs en ont assez fait à présent, pour passer à l’action. La première demande d’audit de la Lépi est bien lointaine, antérieure aux élections de 2011. Elle avait fait l’objet de négociations entre la mouvance présidentielle et l’opposition d’alors, sous la médiation des présidents Zinsou et Soglo ; on était en fin février, début mars 2011. Et toutes les parties étaient déjà d’accord, mais les élections passées, l’enthousiasme des uns et des autres s’est émoussé pendant plusieurs mois.
L’activisme autour de la Lépi a repris depuis le début de cette année pour deux motifs essentiels : premier motif, Boni Yayi avait besoin de légitimer son pouvoir, après une victoire controversée à l’élection présidentielle du 13 mars 2011. Il en appelle alors à l’Organisation internationale de la Francophonie qui fait effectuer par son réseau d’experts électoraux deux missions d’évaluation du 31 janvier au 9 février puis du 14 au 20 mars 2012, assorties d’un rapport d’évaluation. Second motif, pour contester l’opportunité du projet de révision constitutionnelle de la mouvance présidentielle et vu que l’échéance des élections municipales, communales et locales de 2013 était proche, les formations politiques de l’opposition clament la correction de la Lépi comme la priorité du moment. Après les shows médiatiques, commencent alors quelques actions concrètes.
10 mai 2012, Antoine Idji kolawolé, président du groupe parlementaire Union fait la Nation, livre une déclaration devant la représentation nationale en faveur de la correction de la Lépi. Il suggérait alors la prise d’une loi pouvant permettre de poursuivre la réalisation du fichier électoral qui n’avait pu prendre en compte des milliers de citoyens. 26 mai 2012, à Porto-Novo, le Parti du renouveau démocratique de  Maître Adrien Houngbédji organise en faveur de ses cadres un séminaire sur la correction de la Lépi. Fort de quatre communications de différents experts nationaux, le parti propose une feuille de route pour la correction. 29 mai 2012, tous les groupes parlementaires, à l’initiative de l’Union fait la Nation, se réunissent, sont unanimes sur le principe de la correction, et suggèrent que le président du Parlement se saisisse de la déclaration faite le 10 mai par Idji Kolawolé afin qu’une commission parlementaire en connaisse et qu’une loi corrective en découle. Enfin, 2 juin 2012, la majorité présidentielle se retrouve à son tour en conclave, examine le rapport d’évaluation de l’Oif et les conclusions du séminaire bilan sur la Lépi organisé en 2011 par la Commission politique de supervision. Ses recommandations capitalisent les propositions issues des rencontres précédentes en vue d’améliorer le système électoral à travers la correction de la Lépi. A partir de cet instant, le moins qu’on puisse dire désormais, est que tous les acteurs savent ce qu’il y a à faire, sont d’accord qu’il faut le faire. Le prochain pas à franchir est simple : enclencher le processus de correction de la Lépi. Pour les membres de la mouvance présidentielle, il revient au Gouvernement d’introduire le projet de loi relatif à la correction, au Parlement son vote diligent afin que se mettent en place les structures devant assurer la correction. Donc, trêve de fora !

lundi 21 mai 2012

Rencontre Yayi-Houngbédji : un nouveau souffle pour la démocratie

Le rencontre tenue le mardi 15 mai dernier au Palais de la Marina entre le Chef de l’Etat Boni Yayi et le Président du Parti du renouveau démocratique, Me Adrien Houngbédji, marque le début d’une nouvelle phase de la démocratie béninoise. L’opposition politique devient désormais au Bénin, une réalité à ne plus jamais occulter.

Les audiences du Chef de l’Etat se suivent mais ne peuvent se ressembler. Celle accordée à Adrien Houngbédji le mardi 15 mai dernier à la présidence de la république par Boni Yayi est unique en vingt-deux ans de démocratie au Bénin. C’est la première fois qu’un Chef de parti déclaré de l’opposition conformément à la loi portant statut de l’opposition, est reçu en cette qualité par le Président de la république. Selon ladite loi, le Chef de l’Opposition peut être consulté sur des questions majeures d’intérêt national et l’audience  d’hier ne l’a pas occulté. La révision de la Constitution, la réforme de l’administration territoriale, la correction de la Liste électorale permanente informatisée, le programme de vérification des importations, la campagne cotonnière en sursis, la crise de l’école, le statut de l’opposition et le financement public des partis politiques, sont des sujets auxquels l’opinion publique a fait beaucoup attention, et sur lesquels plusieurs partis et leaders politiques avaient pris position. Qu’ils soient abordés au cours d’une audience est une démarche formelle du Chef de l’Etat de prendre à leur propos acte d’autres points de vue, celui de l’opposition en particulier. Car s’il est vrai, aux dires de Me Adrien Houngbédji, que cette audience s’inscrit dans le cadre du dialogue politique national voulu par le Chef de l’Etat, il ne demeure pas moins vrai que l’opération n’a de sens qu’en privilégiant les formations politiques de l’opposition. Et sur ces sujets, il n’y a d’avis alternatifs sérieux que ceux de l’opposition. En somme, ce qui vient d’être inauguré est la consultation de l’Opposition sur les sujets d’intérêt national. Mais pas seulement.

L’équilibre s’invite dans la république


La loi portant statut de l’opposition voulait déjà formelle l’Opposition politique à un régime au Bénin. Des formations politiques ne viennent d’acquérir ce statut que pour la toute première fois, conformément à la loi. Ceci a l’avantage de clarifier le paysage politique, mais aussi de faciliter certaines nominations. Il est désormais su au Bénin, au-delà des prises de position critiques, lesquels partis politiques sont avec le pouvoir et lesquels gardent leur distance de lui. Cette donne sera particulièrement utile en début des législatures ou le règlement intérieur de l’Assemblée nationale dispose de composer les organes de gestion du Parlement en tenant compte de sa configuration politique. Il n’y aurait en ces moments-là que le statut de l’Opposition ou non pour apprécier la configuration politique du Parlement. Au-delà du Parlement lui-même, les postes auxquels la représentation nationale est appelée à pourvoir dans d’autres institutions, à défaut de respecter l’équilibre opposition/mouvance, respecteraient au moins la diversité politique. Ainsi, la Cour constitutionnelle, la Haute cour de justice, la Haute autorité de l’audiovisuel et de la communication, les commissions électorales, les parlements régionaux et panafricains ne seraient plus aux seules couleurs de la mouvance au pouvoir. La présence d’acteurs de bords politiques  différents serait alors sans doute dissuasive de bien de fraudes aux règles républicaines. S’il est vrai que ce mode d’emploi de la démocratie était déjà possible mais n’a pas été expérimenté, ses chances de succès désormais, tiennent au simple fait que la notion d’Opposition est intégrée par le Chef de l’Etat lui-même. Une manière plus belle que la révision de la Constitution, pour donner un souffle à la démocratie béninoise.

lundi 23 avril 2012

Intolérables dérives des présidents d'institutions béninoises !

(Chronique de Vincent FOLY, publiée sur www.lanouvelletribune.info)

  
La plupart des journaux parus vendredi dernier ont évoqué de manière anodine, comme si nous nous y étions déjà habitués et que cela allait de soi, la rencontre informelle organisée, la veille, par les présidents d’institutions de la République avec l’homme d’affaires Patrice Talon. Une rencontre qui aurait évoqué, entre autres, des dossiers brûlants de l’actualité nationale. Voici comment notre confrère, La presse du jour a planté le décor de ladite rencontre: «la rencontre rotative des présidents d’institutions du Bénin (sic) a eu lieu, hier jeudi, à la Haute Cour de justice à Porto-Novo.
 
Hormis les questions d’actualité qui ont constitué son ordre du jour, la conférence a reçu l’homme d’affaires Patrice Talon au sujet de ses différends avec le gouvernement, notamment l’exécution par Bénin Control Sa du Programme de vérification des importations de nouvelle génération et, le problème des intrants du coton». Et, notre confrère très bien renseigné de citer plus loin dans l’article, les protagonistes du conclave: «Les présidents de l’Assemblée nationale, Mathurin Coffi Nago, celui de la Cour constitutionnelle, Robert Dossou, de la Haute Cour de Justice, Théodore Holo, de la Cour suprême, le magistrat (sic) Ousmane Batoko et du Conseil économique et sociale, Nicolas Adagbé, à l’exception du président de la République représenté par le ministre chargé des relations avec les institutions». Il ne manquait, pour boucler la liste, que le président de la Haac.

A première vue, cette rencontre dite informelle qui a eu lieu dans le cadre formel d’une institution de la République, n’a rien d’inquiétant et certains pourront même dire qu’elle est normale, puisqu’elle regroupe au grand jour des acteurs connus de la scène politique nationale, autour des questions d’intérêt national. On pourrait la comprendre et la justifier aussi par la nécessité de décrisper une atmosphère politico sociale qui devenait viciée avec cette grève interminable des enseignants et ses séquelles rocambolesques de défalcation de salaire. Avec aussi, cette vraie fausse tension entretenue par l’exécutif sur le programme de vérification des importations dit de nouvelle génération qu’il a lui-même initié et cette manipulation tragi-comique fortement médiatisée autour du coton, de la subvention de l’Etat et de la quantité du coton produit par notre pays. Vraie fausse tension, disons-nous? Oui! Car, on a du mal à comprendre comment un gouvernement responsable qui a signé un contrat avec un opérateur économique, après ce qu’il appelé lui-même un appel d’offres international, un contrat officialisé par un décret pris en conseil des ministres et signé du chef de l’Etat lui-même, on comprend mal disais-je, comment ce gouvernement peut remettre en cause sa propre signature, quelque 4 mois seulement plus tard. Le tout assorti d’injonctions et de menaces à peine voilées dans des communiqués officiels de conseil des ministres. Et si on rappelle que ce même gouvernement, dans la foulée de la mise en œuvre du PVI, avait fait voter, à la hussarde, une loi contre le droit de grève des douaniers, on s’étonne de l’acharnement subit contre un homme d’affaires qui, c’est aujourd’hui un secret de polichinelle, a contribué de manière significative à l’ élection de l’actuel tenant du pouvoir en 2006 et à sa réélection par un K.-O mystérieux de triste souvenir en avril 2011. Mais, on est où là? Le président de la République sait pertinemment que la signature des contrats ne se fait pas dans la rue et que tout contrat prévoit les clauses et les conditions de sa révision, puisqu’il y a toujours possibilité d’y inclure un ou des avenants, loin de tout tapage, sans tambour, ni trompette. Mais ce gouvernement nous a habitués à tellement d’atermoiements, de retournements de veste et de ravalement de vomissures, qu’on ne s’étonne guère de ses prises de position souvent abracadabrantesques.
 
Mais alors, qu’est-ce que les présidents d’institutions de contre pouvoir ont à voir dans un problème plutôt banal de gestion que le gouvernement a lui-même créé de toutes pièces? Qu’est ce que le président de la Haute Cour de justice qui est censé juger les gros prédateurs de la République et les actes de forfaiture, celui de la Cour suprême qui juge en dernier ressort les affaires relevant des tribunaux de droit commun et autres et celui de la Cour constitutionnelle dont les attributions sont notoirement connues? Qu’ont-ils donc à voir et, surtout, à dire dans un dossier dont ils pourraient être amenés à connaître en cas de saisine, un dossier qui relève des prérogatives de l’Exécutif. A ce point de notre démonstration, il convient de préciser que nous sommes dans un régime de séparation des pouvoirs. Seuls deux pouvoirs devraient connaître de ces deux affaires Talon: l’Assemblée nationale qui a le droit et le devoir impératif d’interpeller le gouvernement et le conseil économique et social à titre consultatif pour les conséquences sociales incalculables qui peuvent découler d’une rupture brutale du contrat. L’opérateur économique Talon, a, on le sait, consenti d’énormes investissements financiers, pour ne rien dire des centaines ou des milliers d’emplois et une rupture brutale du contrat peut déstabiliser tout le pays. Et puis, il y a une instance reconnue par le pouvoir, laquelle regroupe l’ensemble des opérateurs économiques, qui s’appelle le patronat, dont Patrice Talon est un éminent membre. Pourquoi n’a-t-on pas cru bon de recourir à toutes ces voies recours?

Parce que le chef de l’Exécutif est aux abois. Il a le dos au mur et tout le monde le sait! Au surplus, le patronat est dirigé aujourd’hui par un homme que le pouvoir tient pour un opposant. Une certaine presse a parlé récemment d’une trentaine de milliards de F Cfa de redressement fiscal à lui infligé par le fisc. Il ne reste au président Yayi que ce conglomérat difforme et hétérogène (un autre monstre à plusieurs têtes: décidément au Bénin, l’histoire se répète dangereusement!). Au demeurant, l’opérateur économique incriminé est en position de force puisqu’il vient de gagner, au nez et à la barbe de tous, le marché des intrants, ce, malgré les rodomontades du gouvernement. Et notre président n’aime pas ça! «Quoi? Qu'il est gonflé, ce Talon!», pourrait-il s’écrier! Et c’est pour sauver la face du au chef de l’Exécutif que cet aréopage de présidents d’institutions a été appelé à la rescousse. Que personne ne vienne nous convaincre qu’ils l’ont fait de leur propre chef. En tout état de cause, ça ne change rien au débat. Car, cette instrumentalisation consentie des institutions de contre-pouvoir qui cache mal une vassalisation au pouvoir exécutif est particulièrement inacceptable dans une République qui doit s’employer à consolider plutôt chacune de ces institutions dans son rôle. Et elles ne seront toujours fragiles, si elles doivent voler, sur un coup de téléphone, au secours d’un pouvoir qui refuse d’assumer ses responsabilités. Cette intrusion des présidents d’institution est d’autant plus intolérable que certains d’entre eux ont saisi le microphone qui leur était tendu pour déblatérer sur les citoyens qui n’ont fait qu’exprimer leur avis sur… la révision de la Constitution. Ce faisant, ils ont pris position dans un débat qui pourrait être déféré devant eux pour contrôle de constitutionnalité. Si ce n’est pas une violation de la Constitution, ça y ressemble. Etrangement! Que veut le président de la Cour constitutionnelle, lorsqu’il stigmatise en des termes méprisants et d’une rare violence tous ceux qui se sont exprimés contre la révision opportuniste de la loi fondamentale comme lui-même l’a fait par le passé. (Et merci à l’autorité de l’Ortb qui a fait rediffuser «Gros Plan» l’autre jour). Veut-il que nous retournions à la période obscure du Prpb de sinistre mémoire, où tout le monde, à l’exception de quelques happy few dont il était, étaient contraints de la boucler. Sauf à aller en exil ou à Ségbana? Ou bien veut-il que nous entérinions par une conspiration du silence autour de la confiscation des libertés publiques matérialisée par la mainmise du pouvoir sur les médias et toutes les institutions de contre-pouvoir? Il faut mettre un terme à cette dérive des institutions pour empêcher les politiciens qui y sont tapis et qu’on sait sevrés depuis longtemps de mandat électif, de faire de la politique directement ou par procuration, sous le prétexte de détenir la science infuse du droit et des sciences politiques et économiques.